Données personnelles, vie privée et intimité : pourquoi il faut s’y intéresser

Si vous n’avez rien à cacher, merci de me donner vos identifiants et vos mots de passe. Vous aurez en échange ma promesse que je ne divulguerai pas ce que je pourrais trouver sur vos différents comptes de réseaux sociaux et autres boîtes mails. Vous ne voulez pas ? Quelles que soient vos motivations, vous avez raison. Mais alors, comment expliquer que vos données soient accaparées en toute légalité par ces plateformes que vous utilisez quotidiennement ? Et surtout, pour quelles raisons leur fait-on confiance ? Explorons un peu.

Des données, qu’est-ce que c’est ?

Le 25 mai 2018, le Règlement Général pour la Protection des Données entrait en vigueur. Il avait été voté deux ans plus tôt par le parlement européen. Il est important de comprendre la portée de ce texte : si vous êtes résident du territoire européen, cette réglementation protège vos données et vous donne des droits vis-à-vis de ceux qui collectent et traitent ces données. Elle vous protège même sur les sites dont les propriétaires et les serveurs sont hors du territoire européen. Eh oui, c’est important. Ce texte a des points forts et des points faibles, comme toute législation il comporte des limites, mais elles ne seront pas l’objet de cet article.

Le RGPD détermine comme donnée personnelle toutes données qui pourraient permettre l’identification précise d’un individu. Cela comprend donc tout naturellement les noms et prénoms, mais également les adresses physiques, adresses mails, adresses IP, données de géolocalisations, et bien d’autres encore. Je me contenterai de cette définition pour le moment, nous reviendrons plus tard sur les décisions qui en découlent.

De nos jours, le commerce de la donnée est monnaie courante. Je ne citerai que l’affaire Cambridge Analytica pour illustrer cette idée. Certes, le scandale qui en a découlé est une histoire à part entière qui a fait couler beaucoup d’encre, mais je m’attarderai simplement sur le fait que le business model de cette entreprise était bel et bien construit sur le commerce de données. À l’heure où les mots de big data sont dans de nombreuses bouches, faire ce constat relève du lieu commun. Je me permets néanmoins de le rappeler car le poids que cela implique pour nos données personnelles est simplement gigantesque. Toutes les informations que nous générons ont une valeur monétaire dont nous n’avons pas conscience, puisque cette valeur relève purement du virtuel et d’une façon qui nous échappe totalement. La data est une marchandise, que nous produisons mais sur laquelle nous ne touchons rien.

De l’intimité à la dignité

Nous avons, en France tout du moins, la chance d’être épargnés par un grand nombre de dérives totalitaires liberticides. Les données que nous générons, nous voyons leur impact quand par hasard après une recherche ou un échange de mails, le produit que nous mentionnions se retrouve dans une banderole de publicité. Certains frissonnent à ce constat, d’autres haussent les épaules. Quoi qu’il en soit, les conséquences ne vont pas beaucoup plus loin. Ces constats sont tous relativement récents, les technologies de publicités « sur mesure » ne sont pas bien vieilles. Je vous propose de projeter un peu notre regard vers l’avenir. Quand nos successeurs auront été élevés au cœur de ces systèmes, quel sera alors leur rapport à la consommation ? Comment pourront-ils exercer leur esprit critique si toutes les offres de produits qui leur parviennent sont littéralement taillées pour leur plaire ? Il ne s’agit là que d’un exemple, une simple application de ce que le commerce des données peut produire.

Tournons un instant le regard vers la Chine de nos jours, où un « coefficient de citoyenneté » a été récemment implémenté. Ce coefficient, pour rappel, est directement lié au comportement des Chinois. Bonnes actions, plus de points ; mauvaises actions, moins de points et restriction des libertés. Or, avec leurs systèmes informatiques fermés et surveillés, il n’y a aucun doute à avoir : les données numériques des citoyens chinois vont être passées à la moulinette pour impacter ce coefficient. Avec cet exemple, les conséquences sur les libertés sont déjà beaucoup plus flagrantes, plus tangibles. Le parallèle avec 1984 de George Orwell est immédiat. Si nous n’y sommes pas encore, nous commençons à en voir les prémices imminentes. Mais mon objectif n’est pas de vous effrayer, il ne s’agit une fois encore que d’un exemple. Continuons.

Ce que je voudrais retenir maintenant de 1984, c’est l’absence d’intimité dans laquelle ses personnages évoluent. Chacun est surveillé, et chacun le sait. Dans cet environnement, les mesures les plus liberticides nous sont imposées par… Nous-mêmes. De peur des conséquences éventuelles, nous devenons notre propre censeur, notre propre police. À force d’acquiescement sous ce régime, c’est notre capacité à réfléchir qui en devient impactée. Cet espace d’intimité est le lieu de notre construction mentale, de nos réflexions, de nos évolutions. Cette intimité est la garantie de notre individualité au sein du groupe, la garantie de notre personnalité. Sa destruction implique obligatoirement la conformité de tous, d’une part, mais également la fin de notre dignité d’être humain.

C’est ce mot de dignité que j’aimerais retenir à ce stade, il est un des premiers cités dans la Déclaration universelle des droits de l’homme. C’est la notion du respect inconditionnel que chacun doit se voir adressé, l’idée que toute personne est une fin en soi et jamais un objet ou un outil. Dans une société occidentale où on nous renvoie très régulièrement à nos compétences, il me semble judicieux de considérer cette notion quelques instants, et de peser son importance. Certes, les données personnelles ne sont pas les seules causes des atteintes portées à notre dignité, mais elles en sont bien une. À ce titre, elles méritent qu’on s’y attarde un peu. Vous ne me donnez pas votre mot de passe parce que j’aurais alors la clef de votre intimité, l’accès à votre dignité.

Que faire alors ? Des bienfaits du RGPD

Reste la question du pourquoi. Pourquoi ? Comment avons-nous laissé faire toute cette machinerie ? La réponse se trouve dans notre manière de consommer, de nous informer, de communiquer. La gratuité des services en ligne a très largement contribué à la diffusion massive d’Internet et de ses différentes applications. La facilité d’accès qu’elle implique pèse lourd dans la balance, bien plus lourd que toutes les inquiétudes qu’elle a pu soulever. Or, avec les grands groupes tels que les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft), la gratuité implique votre transformation en produit. Ou tout du moins celle de vos données en produits. Toute leur solidité provient du commerce de nos données. Nous nous sommes précipités vers ces services tellement accessibles, tellement simples d’utilisation. Seulement, il est maintenant temps d’agir avec un peu de prudence. Le net n’est pas un monde hostile, mais nous avons malgré tout des choses à y protéger. Alors, que faire ?

C’est ainsi que je reviens à notre réglementation européenne. Voici une liste non exhaustive des droits qu’elle garantit à toute personne résidant en Europe :

  • droit de consultation des données possédées par une entité ;
  • droit à l’effacement de ces données ;
  • droit à la correction de ces données ;
  • obligation de consentement explicite et positif dans la collecte des données.

Je le disais plus tôt, le RGPD n’est pas parfait, je n’écris pas cet article pour en faire la promotion. Mon propos est de dire qu’il existe des moyens de nous prémunir contre la collecte sauvage de nos données. Des outils de contrôle ont été pensés pour que nous puissions rester maître de ces éléments qui définissent une part de notre identité. Bien d’autres existent encore, certains sont abordés dans d’autres articles ou dans les pages de ce site. Malheureusement, ces outils sont vains s’ils ne sont pas utilisés. Et vous ne les utiliserez jamais si, dès le départ, vous ne vous souciez pas de ce sujet.

Naturellement, il va de soi que votre inquiétude ne résoudra pas le problème. Aussi je terminerai sur une note un peu plus douce : vous avez le temps d’agir sereinement, sans précipitation. Il est même tout à fait impératif d’agir de cette manière. C’est dans l’action calme et réfléchie que naîtra notre émancipation numérique. Je me tiens à votre disposition dans les commentaires de cet article pour discuter, ou plus directement si vous avez des remarques ou interrogations spécifiques. Et si vous voulez simplement en savoir plus, gardez un œil attentif sur ce blog, d’autres choses viendront !

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